Contrairement au génocide des Arméniens et celui des Juifs, deux des 3 plus grands génocide du XXème siècle, le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 a rapidement fait objet d’intérêt scientifique et médiatique.

En environ 25 ans, un nombre important de publications a été produit (articles, thèses, mémoire, livres, etc.), certaines allant dans le bon sens qui informe le public de ce qui s’est réellement passée, d’autres allant dans un sens qui frôle le négationnisme ou la banalisation, mais d’autres sont visiblement négationnistes.

Les travaux effectués sur ce génocide sont de plusieurs types, allant des témoignages réels des survivants aux témoignages-fictions ou des mises en formes littéraires sur base de témoignages, des romans, des pièces de théâtre, des bandes dessinées, des films documentaires, des thèses de doctorat et de master, etc.

Cependant, on remarque que « ce génocide n’a pas encore fini de livrer tous ses secrets », et que beaucoup reste encore à faire. Des questions fondamentales demeurent, notamment en termes de genèse, de préparation, de perpétration, mais aussi de gestion de ses conséquences, et surtout de meilleures méthodes de préservation et de transmission de la mémoire des victimes et de lutte contre le négationnisme.

Le Réseau International Recherche & Génocide (RESIRG asbl) voudrais apporter sa modeste contribution à l’édification de cette mémoire universelle, en soutenant les recherches en cours ou en réalisant lui-même ses propres recherches.

Il se propose donc de MOBILISER POUR LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE SUR LE GÉNOCIDE ANTI TUTSI :

  • Recherche scientifique, non pas seulement en transversalité, comme c’est le cas aujourd’hui, mais de manière thématique ;
  • Recherche scientifique, non pas de manière épisodique, mais de manière cyclique, ou périodique ;
  • Recherche scientifique, non pas de manière occasionnelle, mais de manière
  • Recherche scientifique, non pas de manière conjoncturelle, mais de manière structurelle.

Il s’agit là d’une responsabilité qui porte sur la suffisance documentaire et sur la suffisance de la phase heuristique, c’est-à-dire la phase relative à une éventuelle découverte des aspects à ce jour inconnus, méconnus ou mal connus.

Voilà qui, théoriquement, va conférer à notre asbl son ADN et son caractère original.

Mais, comment est-ce que dans le contexte spécifique ou singulier d’un génocide, peut-on décliner thèmes et sujets, caractéristiques et critères, en référence à la connaissance scientifiquement élaborée, quel que soit le domaine abordé du savoir ?

1/ LA CONSTITUTION ET LA DISPONIBILISATION DE FICHIERS EXISTANTS :

Quels travaux académiques, scientifiques, professionnels ou techniques ont déjà été publiés ? Nous comptons interroger le :

  • Fichier National Rwandais des Thèses et autres publications ;
  • Fichier National Français des Thèses (qui ne compte actuellement pas mois d’une centaine de thèses) ;
  • Fichier National Belge des thèses et mémoires (s’il existe) ;
  • Fichier National Canadien, Américain, Britannique, etc….

Afin de constituer une macro-bibliographie de thèses de doctorat par exemple ou autres publications scientifiques.

2/LA NECESSITE DE NOUVEAUX ECLAIRAGES :

Les travaux actuellement envisagés apportent-ils un nouvel éclairage, portent-ils sur un champ nouveau, qui mérite d’être étudié ? Ou viennent-ils ressasser de vieux poncifs ?

3/LA FORMULATION DU SUJET :

Dans l’éventail thématique observé, tels sujets abordés sont trop larges ?

Ou à contrario, tels autres sujets sont trop étroits : des sujets ‘entonnoirs’.

Comment, par exemple, conjoindre monographies et visions géographiques au sens large, dans le cadre de la géopolitique du génocide, dans l’Afrique des Grands Lacs ?

4/SURTOUT PAS DE LIMITE AU SUJET DE LA RECHERCHE ENVISAGEE :

  • Pas question de se limiter au seul champ social et géographique du Rwanda ou de l’Afrique des Grands Lacs uniquement;
  • Pas question de se limiter à la seule période qui va de 1994 à nos jours, car le mal vient de loin, et les séquelles risquent de s’inscrire dans la longue durée ;
  • Les années 1959 et la période qui les a suivies doit être scrupuleusement scrutées, autant que la période coloniale et précoloniale.

D’un côté, notre mobilisation ira jusqu’aux questions connexes du génocide et sa cause, sa genèse, sa perpétration, ses conséquences et la gestion de l’après génocide, en particulier la transmission de la mémoire et la lutte contre le négationnisme.

D’un autre côté, afin de ne pas faire, de notre ASBL, une tour d’ivoire ou une chasse gardée d’un cénacle de mobilisation de chercheurs, pour assurer la plus large diffusion aux ouvrages, avec toute la mise à niveau pédagogique souhaitée, la formulation des sujets, des thèmes et des propos, les écrits se voudront à la fois simples et clairs pour une plus large vulgarisation.

Le moment est donc venu de mobiliser tous nos rescapés, par-delà les seuls chercheurs ou le seul public scientifique.

C’est peu dire que les témoignages des rescapés auront, ici, toute leur place, à l’instar du projet que nous venons de lancer et pour lequel nous chercher encore un financement.

Il s’agit du projet : « La maternité pendant le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 », qui consiste à collecter les témoignages des femmes qui étaient enceintes pendant le génocide, et qui ont accouché sans soins ni assistance quelconque, dans la peur face à une mort certaine qui les attendait et leurs bébés, et l’incertitude du lendemain.

Ce groupe a certainement beaucoup à nous apprendre en ce qui concerne la résilience, et la transmission de la mémoire, une mémoire qui se veut d’emblée saine et apaisée.

Voilà comment Le Réseau International Recherche & Génocide (RESIRG asbl) compte apporter sa modeste contribution à l’édification de cette mémoire universelle, un devoir, qui normalement incombe à tout le monde, car le génocide est crime contre l’humanité et la préservation de la mémoire des victimes concerne toute l’humanité.