{"id":1160,"date":"2025-03-06T08:48:45","date_gmt":"2025-03-06T08:48:45","guid":{"rendered":"https:\/\/resirg.org\/beta\/?p=1160"},"modified":"2025-03-06T08:48:45","modified_gmt":"2025-03-06T08:48:45","slug":"eric-gillet-colloque-resirg-du-22-fevrier-2025-ulbla-justice-au-coeur-de-la-reappropriation-de-lhistoireeric-gillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/resirg.org\/beta\/eric-gillet-colloque-resirg-du-22-fevrier-2025-ulbla-justice-au-coeur-de-la-reappropriation-de-lhistoireeric-gillet\/","title":{"rendered":"Eric Gillet, Colloque RESIRG du 22 f\u00e9vrier 2025, ULBLa Justice au c\u0153ur de la r\u00e9appropriation de l\u2019histoireEric Gillet"},"content":{"rendered":"\n<p>Comment \u00e9crire l\u2019histoire ? Comment \u00e9crire l\u2019histoire d\u2019un \u00e9v\u00e8nement qui n\u2019a pas eu lieu, qui ne s\u2019est pas pass\u00e9 il y a trente ans. Certes il y eut le cataclysme de 1994. Un \u00e9v\u00e8nement que le monde a d\u2019abord refus\u00e9 de voir pour ce qu\u2019il \u00e9tait, et qu\u2019il a ensuite obs n\u00e9ment resserr\u00e9 entre deux dates. Cent jours. Comment \u00e9crire ce e histoire qui a pouss\u00e9 sournoisement depuis un si\u00e8cle sur un semis de fantasmes coloniaux, fantasmes qui se sont transcrits dans les mythes fondateurs de la R\u00e9publique rwandaise, et qui inflige ses souffrances depuis aussi longtemps ? Comment dire et \u00e9crire une histoire qui vient de si loin et qui de surcro\u00eet n\u2019est pas termin\u00e9e, trente ans apr\u00e8s la trag\u00e9die qui l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e ? Comment la dire et l\u2019\u00e9crire sinon en la confiant \u00e0 ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019elle afflige : les rwandaises et les rwandais ? Et aussi aux acteurs \u00e9trangers qui s\u2019y sont m\u00eal\u00e9s, pour le meilleur comme pour le pire. Mais selon quelle m\u00e9thode historique, puisque ce ne sera pas l\u2019histoire des historiens ? Comment entrer en ma \u00e8re, dis nguer la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019erreur, d\u00e9crire les \u00e9tapes, les moments de bascule, les acteurs, les interac ons, et aussi d\u00e9celer comment ce e histoire se trace, en poin ll\u00e9s, pour l\u2019avenir ? En suivant le cours de la jus ce, et plus concr\u00e8tement celui des proc\u00e8s ! L\u2019entr\u00e9e en ma \u00e8re, ce sont les plaintes d\u00e9pos\u00e9es devant la jus ce par les vicmes et rescap\u00e9s. La m\u00e9thode est celle qui permet d\u2019\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 judiciaire, avec certes le concours d\u2019historiens, qui sont entendus par les juges, mais pour l\u2019essen el au travers des acteurs de la jus ce : les rescap\u00e9s, les par es civiles, les t\u00e9moins, et les accus\u00e9s. Le proc\u00e8s est par excellence le lieu d\u2019interac ons, en tout cas dans notre tradi on juridique romano-germanique, o\u00f9 les par es civiles y prennent en \u00e8rement part. Le proc\u00e8s est le lieu de l\u2019appren ssage par m\u00e9 ssage. Il est une sorte de Tiers-instruit au sens de Michel Serres. Il croise exp\u00e9riences et savoirs. Non seulement on voit surgir l\u2019histoire, avec un grand \u00ab H \u00bb, mais les acteurs deviennent autres. C\u2019est l\u2019histoire de chacun qui est d\u00e9couverte et transform\u00e9e, et qui devient la grande Histoire. On a vu une maman apprendre \u00e0 l\u2019audience o\u00f9 et comment \u00e9taient morts ses enfants. On a vu des rescap\u00e9s interpeller des accus\u00e9s. On a vu des accus\u00e9s nier, d\u2019autres se jus fier, d\u2019autres encore avouer au travers de leurs d\u00e9n\u00e9ga ons. On a vu des mensonges crier la v\u00e9rit\u00e9. Les accus\u00e9s d\u00e9couvrent leurs vicmes et leurs histoires par culi\u00e8res \u2013 l\u2019inverse est d\u2019ailleurs vrai aussi \u2013 et, au travers de ces histoires par culi\u00e8res, nous apprenons tous et toutes l\u2019histoire du Rwanda \u2013 et d\u2019ailleurs aussi de la Belgique et de la France. Personne n\u2019en sort indemne. L\u2019accus\u00e9 est oblig\u00e9 de reconna\u00eetre l\u2019existence de ceux qu\u2019il \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019exterminer, dont la seule pr\u00e9sence lui r\u00e9v\u00e8le et lui impose l\u2019\u00e9chec de l\u2019entreprise d\u2019extermina on, et il d\u00e9couvre d\u2019autres faces de l\u2019histoire rwandaise, par rapport \u00e0 la repr\u00e9senta on qu\u2019il s\u2019en faisait. Les proc\u00e8s furent les porteurs d\u2019une ver gineuse pulsion de compr\u00e9hension. Il s\u2019est pass\u00e9 l\u2019impensable entre avril et juillet 1994. Comment penser, pourtant, parce qu\u2019il le faut bien, ce 1 Eric Gillet, Colloque RESIRG du 22 f\u00e9vrier 2025, ULB qui est arriv\u00e9 lorsque c\u2019est impensable ? Eh bien, ce sont les veuves de Sovu, c\u2019est Sp\u00e9ciose, c\u2019est Florida, Yve e, Laurien, Ephrem (un accus\u00e9), Yolande, ce sont toutes ces personnes, \u00e0 commencer par les plus d\u00e9munies, qui ont v\u00e9cu l\u2019histoire rwandaise des plus de trente ans qui ont conduit au g\u00e9nocide, qui nous ont donn\u00e9 les cl\u00e9s de la pens\u00e9e et de la compr\u00e9hension. Et elles n\u2019ont pu le faire qu\u2019en par cipant au lent travail de la Jus ce. Les proc\u00e8s racontent donc ce e grande histoire rwandaise, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au cours d\u2019un cheminement douloureux par leurs acteurs. C\u2019est une histoire qu\u2019on ne lit pas dans les livres d\u2019histoire. Elle est faite de chair et de sang, d\u2019\u00e9mo ons et de chagrins. Mais le chemin par lequel ce e histoire a pu \u00eatre res tu\u00e9e permet de d\u00e9passer ce e trag\u00e9die incompr\u00e9hensible, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019essence de la jus ce n\u2019est pas seulement de punir. Elle est aussi, peut-\u00eatre surtout, de fonder l\u2019avenir en tra\u00e7ant un chemin de r\u00e9humanisa on sous les pieds de chacune et de chacun. Parce que l\u2019histoire est dite, parce qu\u2019elle peut d\u00e9sormais \u00eatre reconnue, elle est un chemin de reconstruc on pour les vicmes. Elle est un chemin vers une nouvelle libert\u00e9. Elle fonde l\u2019espoir d\u2019instruire et d\u2019\u00e9duquer l\u2019homme et la femme de demain. A cet \u00e9gard, il faut insister sur l\u2019importance irr\u00e9duc ble que les proc\u00e8s qui ont eu lieu en Belgique \u2013 et cela vaut pour la France \u2013 aient eu lieu devant des cours d\u2019assises, c\u2019est-\u00e0-dire devant des jurys populaires, et sur le fait qu\u2019ainsi l\u2019instruc on de chaque affaire ait eu lieu int\u00e9gralement \u00e0 l\u2019audience. On a pu constater l\u2019ab\u00eeme qu\u2019il y a entre les d\u00e9clara ons faites dans le cabinet d\u2019un juge d\u2019instruc on ou devant des enqu\u00eateurs et ce qui se passe \u00e0 l\u2019audience, qui est une sorte de sc\u00e8ne o\u00f9 se res tue tout le tragique de l\u2019histoire, o\u00f9 les acteurs du proc\u00e8s se d\u00e9passent li \u00e9ralement, trouvent enfin la force de tout dire, comme transcend\u00e9s de se trouver devant la Jus ce, \u00e0 qui ce que l\u2019on a vu, v\u00e9cu et entendu doit \u00eatre dit. Les vicmes et rescap\u00e9s, les t\u00e9moins, les accus\u00e9s eux-m\u00eames, les enqu\u00eateurs, confront\u00e9s les uns aux autres pendant chaque fois de six \u00e0 dix semaines d\u2019audiences, et les jur\u00e9s, nous ont fait vivre la gen\u00e8se du g\u00e9nocide, qui, comme je l\u2019ai rappel\u00e9, remonte \u00e0 tr\u00e8s loin. Nous avons entendu les r\u00e9cits des souffrances endur\u00e9es pendant des d\u00e9cennies, sp\u00e9cialement depuis l\u2019ind\u00e9pendance du Rwanda. Ils nous ont donc fait vivre le long et lent chemin de douleur, dont nous avons appris avec elles et eux, a posteriori, qu\u2019il devait fatalement conduire \u00e0 la tragique impasse. Ils nous ont appris comment l\u2019Etat rwandais a au bout de ce chemin pr\u00e9par\u00e9 ce qui devait \u00eatre une Solu on finale \u00e0 la ques on ethnique, au cours des trois ann\u00e9es qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, le d\u00e9veloppement de la propagande, les ressorts psychologiques des bourreaux comme des vicmes, le d\u00e9clenchement du g\u00e9nocide et son d\u00e9roulement. Pour ne prendre qu\u2019un exemple concret, on aborde souvent la ques on de la planifica on et de la pr\u00e9para on du g\u00e9nocide par ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans le haut de la hi\u00e9rarchie. Dispose-t on des indices ou des preuves, de documents \u00e9crits, d\u2019archives qui r\u00e9v\u00e8lent l\u2019implica on des cerveaux ? C\u2019est plut\u00f4t par ce chemin-l\u00e0 que les historiens travaillent, et c\u2019est essen el. Les signes les plus \u00e9vidents se trouvent pourtant au ras du sol. Le banquier, et accus\u00e9, Ephrem Nkezabera, qui \u00e9tait aussi membre du comit\u00e9 na onal des Interahamwe, qui faisait le tour des barri\u00e8res \u00e0 Kigali, qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour des viols commis sur des femmes Tutsi, nous a expliqu\u00e9 en d\u00e9tails comment les banques ont contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer le g\u00e9nocide pendant les 2 Eric Gillet, Colloque RESIRG du 22 f\u00e9vrier 2025, ULB deux ann\u00e9es qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, et comment les interahamwe ont lentement \u00e9t\u00e9 inscrits, entre 1992 et 1994, dans un projet ouvertement g\u00e9nocidaire. Nous \u00e9 ons sid\u00e9r\u00e9s. Au cours du proc\u00e8s de Kibungo, les t\u00e9moins, Hutu comme Tutsi, ont a est\u00e9 de nombreuses r\u00e9unions, depuis 1993 en tout cas, o\u00f9 l\u2019on condi onne les esprits et o\u00f9 on d\u00e9voile le projet. Il s\u2019agit d\u2019un projet d\u2019extermina on, pr\u00e9sent\u00e9 comme une issue in\u00e9luctable et expliqu\u00e9 ouvertement dans des salles de f\u00eates communales. Les futurs leaders des tueries \u00e0 Kibungo ne s\u2019en cachent pas. Nous les exterminerons ! Les esprits qui sortent \u00e9chauff\u00e9s de ces r\u00e9unions rencontrent des Tutsi en ville, sur les routes, et leur crient \u00e0 la figure qu\u2019ils les extermineront. \u00ab Nous allons vous exterminer !\u00bb ; \u00ab L\u2019heure des Tutsi est bient\u00f4t l\u00e0 ! \u00bb. On va jusqu\u2019\u00e0 en parler ouvertement dans les cabarets, autour des terrains de football, partout. C\u2019est le Hutu et le Tutsi de la rue qui, \u00e0 l\u2019audience de la cour d\u2019assises, d\u00e9crivent ce e ambiance et la cons tu on de stocks de mache es, l\u2019ac vit\u00e9 pr\u00e9paratrice de Pierre-C\u00e9les n Rwagafilita, le r\u00f4le de la Bralirwa, l\u2019entra\u00eenement des milices interahamwe. Les proc\u00e8s nous ont permis aussi d\u2019explorer la ques on abyssale de ce qui d\u00e9termine des professeurs d\u2019universit\u00e9, des religieux, des commer\u00e7ants, des dirigeants d\u2019entreprises, des banquiers et des hauts fonc onnaires, \u00e0 devenir g\u00e9nocidaires, y compris \u00e0 par ciper concr\u00e8tement aux massacres. Ils ont d\u00e9crit les violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, qui cons tuaient le c\u0153ur de la propagande du g\u00e9nocide. Des historiens sont venus nous exposer que ces violences sont malheureusement universelles dans ce genre de trag\u00e9die. Le sort r\u00e9serv\u00e9 aux femmes fut une sorte de g\u00e9nocide dans le g\u00e9nocide. Fut \u00e9galement abord\u00e9e la responsabilit\u00e9 \u00e9thique, morale et poli que de nos gouvernants, dont nous avons entendu des repr\u00e9sentants, atrocement imp\u00e9nitents, et de tous ceux qui, par leur posi on, auraient pu pr\u00e9venir le g\u00e9nocide ou \u00e9viter des massacres, sauver quelques personnes, enfin de nous tous, comme citoyens et citoyennes qui, par manque de conscience ou encore impr\u00e9gn\u00e9s des st\u00e9r\u00e9otypes coloniaux, contribuons malgr\u00e9 nous \u00e0 perp\u00e9tuer une culture fond\u00e9e sur l\u2019an\u00e9an ssement. Mais les proc\u00e8s nous ont racont\u00e9 aussi l\u2019actualit\u00e9 du g\u00e9nocide. Comment il d\u00e9termine trente ans plus tard la vie des rwandaises et des rwandais. Et comment le n\u00e9ga onnisme paradoxalement le perp\u00e9tue. Les proc\u00e8s ont mis en lumi\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a pas de pass\u00e9, mais un pr\u00e9sent con nu, pour les vicmes comme pour les bourreaux. Ils ont permis \u00e9galement de situer le g\u00e9nocide des rwandais Tutsi dans la grande histoire universelle de notre civilisa on, dont il fut le produit. Ainsi ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s les th\u00e8mes de la colonisa on, du patriarcat, de la langue du g\u00e9nocide. Comment ce e langue a, pendant le demi-si\u00e8cle qui a conduit au g\u00e9nocide, en fa\u00e7onnant une percep on de la r\u00e9alit\u00e9 rwandaise f inalement partag\u00e9e par chaque rwandais et chaque rwandaise, y compris les Tutsi, comment ce e langue a donc r\u00e9pandu de mani\u00e8re virale ce e \u00e9vidence qui a explos\u00e9 le 6 avril. La jus ce punit le criminel. Pour y arriver, elle \u00e9tablit et consigne les faits. Ce faisant, elle est un puissant acteur de m\u00e9moire. Plus important encore, elle rend le n\u00e9ga onnisme lui-m\u00eame criminel. Nuremberg a \u00e9t\u00e9 le creuset de lois punissant le n\u00e9ga onnisme. La Belgique a criminalis\u00e9 le n\u00e9ga onnisme du g\u00e9nocide des Tutsi par une loi de 2019, en s&#8217;appuyant sur la 3 Eric Gillet, Colloque RESIRG du 22 f\u00e9vrier 2025, ULB reconnaissance de ce g\u00e9nocide par le TPIR. Finalement, on n\u2019a pas encore trouv\u00e9 mieux, pour a ester et rendre incontestable l\u2019existence m\u00eame d\u2019un g\u00e9nocide qu\u2019une d\u00e9cision de jus ce. Les arm\u00e9niens sont l\u00e0, aussi aujourd\u2019hui parmi nous, pour \u00e9prouver ce qu\u2019il leur manque du fait de n\u2019avoir pas eu une juridic on interna onale qui puisse a ester leur g\u00e9nocide devant l\u2019histoire. Ainsi les arm\u00e9niens ne peuvent esp\u00e9rer qu\u2019un hypoth\u00e9 que \u00ab jugement de l\u2019histoire \u00bb, et restent \u00e0 la merci des n\u00e9ga onnistes et des calculs poli ques de tous acabits. L\u2019\u00e9chec de la voie judiciaire de r\u00e9pression du g\u00e9nocide conduit \u00e0 la n\u00e9ga on de l\u2019histoire. Cependant la jus ce n\u2019a pas le dernier mot. Les historiens ne sont pas limit\u00e9s par le temps du proc\u00e8s. Des accus\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 acqui \u00e9s par le TPIR, pas n\u00e9cessairement \u00e0 raison. De nombreux coupables ne seront jamais jug\u00e9s. La qualifica on du massacre de Srebrenica comme crime de g\u00e9nocide par le Tribunal p\u00e9nal interna onal pour l\u2019Ex-Yougoslavie, est aujourd\u2019hui discut\u00e9e. La d\u00e9cision de jus ce est \u00e9videmment d\u00e9fini ve, et des effets sont associ\u00e9s \u00e0 ce caract\u00e8re d\u00e9fini f. Srebrenica est d\u00e9fini vement un crime de g\u00e9nocide, m\u00eame si juristes et historiens pourront le discuter \u00e0 l\u2019infini. L\u2019histoire des historiens a aliment\u00e9 les proc\u00e8s, qui \u00e0 leur tour la nourrissent, et ensuite, bien entendu, viendra le temps long de l\u2019exploita on des sources et des archives qui compl\u00e8teront les tableaux issus des proc\u00e8s. L\u2019un et l\u2019autre se passent le t\u00e9moin de ce e longue course de fond qu\u2019est la recherche de la v\u00e9rit\u00e9. Je voudrais, pour terminer, dire quelques mots sur les proc\u00e8s gacaca. Plusieurs t\u00e9moins qui ont comparu \u00e0 Bruxelles dans le cadre du proc\u00e8s Neretse en 2019 et qui avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s par des juridic ons gacaca et purg\u00e9 leur peine, ont admis s\u2019\u00eatre tromp\u00e9s, et avoir pu, au travers de leur proc\u00e8s et des aveux qu\u2019ils y ont fait, et gr\u00e2ce \u00e0 leur peine, r\u00e9int\u00e9grer leur communaut\u00e9 de vie sur la colline,\u2026 jusqu\u2019\u00e0 exhorter Neretse \u00e0 faire de m\u00eame. Ce constat pourrait appuyer la conclusion que les proc\u00e8s gacaca ont permis aux rescap\u00e9s et aux accus\u00e9s, de s\u2019approprier une histoire commune, apportant ainsi une contribu on par culi\u00e8re \u00e0 la restaura on de la coh\u00e9sion sociale. Une jus ce des voisins apr\u00e8s un g\u00e9nocide des voisins. Il est remarquable \u00e0 ce propos, puisque je lui emprunte l\u2019expression, que le livre de H\u00e9l\u00e8ne Dumas, \u2018\u2018Le g\u00e9nocide au village\u2019\u2019, soit document\u00e9 pour l\u2019essen el par les audiences gacaca. Une jus ce \u00e9videmment imparfaite, comme la n\u00f4tre, mais ressen e, peut-\u00eatre, comme plus l\u00e9gi me, car plus inclusive. Notre syst\u00e8me occidental est plus clivant. Plus individualiste. La jus ce des gacaca est peut-\u00eatre plus r\u00e9humanisante. Sa perspec ve est tourn\u00e9e vers l&#8217;avenir, et elle a peut-\u00eatre cr\u00e9\u00e9 les condi ons d&#8217;un nouveau vivre ensemble, entre autres en rendant possible le partage d\u2019une histoire commune. Sans doute avons-nous \u00e0 apprendre des solu ons exp\u00e9riment\u00e9es l\u00e0 pour faire \u00e9voluer nos propres pra ques judiciaires. Pour tendre vers une jus ce plus pacificatrice, car productrice, pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019histoire, et d\u2019histoire partag\u00e9e ? Il est important, n\u00e9cessaire, vital m\u00eame, que l&#8217;histoire des proc\u00e8s, le contenu des dossiers et des d\u00e9bats, soient mis \u00e0 la disposi on du public le plus large possible. Par des publica ons acad\u00e9miques, par la recons tu on d&#8217;histoires familiales au travers de la documenta on judiciaire disponible, ou encore autrement. Des romans, des essais, des po\u00e8mes, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Ainsi se cr\u00e9ent les liens entre les histoires par culi\u00e8res et la grande histoire. 4 Eric Gillet, Colloque RESIRG du 22 f\u00e9vrier 2025, ULB A cet \u00e9gard, il est d\u00e9plorable que les proc\u00e8s ne soient pas syst\u00e9ma quement enregistr\u00e9s. Des proc\u00e8s qui ont eu lieu en Belgique, nous disposons de deux enregistrements int\u00e9graux : le proc\u00e8s de 2001 et celui de 2019. C\u2019est tout. Ces enregistrements sont dus \u00e0 l\u2019ini a ve de l\u2019ONG RCN-Jus ce et D\u00e9mocra e. Le premier enregistrement a \u00e9t\u00e9 retranscrit et est disponible en ligne sur le site de ce e ONG. Le deuxi\u00e8me n\u2019est disponible qu\u2019en audio et pour des fins acad\u00e9miques. C\u2019est \u00e0 ce e condi on que l\u2019autorisa on d\u2019enregistrement a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par la pr\u00e9sidente de la Cour d\u2019assises. Tout cela est bien maigre. En France, \u00e0 ma connaissance aucun des proc\u00e8s n\u2019a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9. En revanche, les proc\u00e8s gacaca sont quant \u00e0 eux parfaitement document\u00e9s. C\u2019est le Rwanda qui, finalement, nous met au d\u00e9fi d\u2019en faire autant. * 5<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Comment \u00e9crire l\u2019histoire ? Comment \u00e9crire l\u2019histoire d\u2019un \u00e9v\u00e8nement qui n\u2019a pas eu lieu, qui ne s\u2019est pas pass\u00e9 il y a trente ans. Certes <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/resirg.org\/beta\/eric-gillet-colloque-resirg-du-22-fevrier-2025-ulbla-justice-au-coeur-de-la-reappropriation-de-lhistoireeric-gillet\/\" title=\"Eric Gillet, Colloque RESIRG du 22 f\u00e9vrier 2025, ULBLa Justice au c\u0153ur de la r\u00e9appropriation de l\u2019histoireEric Gillet\">[&#8230;]<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1160","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1160","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1160"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1160\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1161,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1160\/revisions\/1161"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1160"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1160"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1160"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}