{"id":1005,"date":"2022-11-08T12:25:39","date_gmt":"2022-11-08T12:25:39","guid":{"rendered":"https:\/\/resirg.org\/beta\/?p=1005"},"modified":"2022-11-08T12:25:41","modified_gmt":"2022-11-08T12:25:41","slug":"intervention-lors-du-colloque-international-au-rwanda","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/resirg.org\/beta\/intervention-lors-du-colloque-international-au-rwanda\/","title":{"rendered":"<strong>Intervention lors du colloque international au Rwanda<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Savoirs, sources et ressources sur le g\u00e9nocide perp\u00e9tr\u00e9 contre les Tutsi du Rwanda&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Responsabilit\u00e9 et culpabilit\u00e9 en droit international \u2013 Implications pour le r\u00f4le de la France lors du g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Vincent Depaigne<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un pr\u00e9alable me semble important ici lorsque l\u2019on parle d\u2019une justice qui concerne les Etats: depuis les proc\u00e8s de Nuremberg, la question de la justice en mati\u00e8re de g\u00e9nocide s\u2019analyse d\u2019abord en termes de responsabilit\u00e9 individuelle au plan p\u00e9nal. L\u2019approche propos\u00e9e ici est celle du droit public et elle n\u2019est pas du tout contradictoire avec la notion de responsabilit\u00e9 individuelle, bien au contraire: s\u2019il est important de d\u00e9terminer la responsabilit\u00e9 des individus, la nature du crime de g\u00e9nocide est que celui-ci n\u2019existe que dans un cadre collectif (g\u00e9n\u00e9ralement celui de l\u2019Etat) et qu\u2019il est \u00e9galement important de l\u2019examiner aussi bien sous l\u2019angle individuel que collectif.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue l\u2019arr\u00eat Papon du Conseil d\u2019Etat fran\u00e7ais de 2002<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> est \u00e9clairant: le Conseil d\u2019Etat consid\u00e8re que le r\u00f4le de Maurice Papon, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de pr\u00e9fecture, responsable de la d\u00e9portation des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, combine faute personnelle et faute de service. Le Conseil d\u2019Etat fonde son arr\u00eat sur la politique d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019Etat fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019encontre des Juifs, les directives publiques sur lesquelles M. Papon a pu se fonder, mais reconna\u00eet que M. Papon a une responsabilit\u00e9 personnelle, notamment en donnant une ampleur particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019action men\u00e9e au nom de l\u2019Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche propos\u00e9e aujourd\u2019hui reprend certains \u00e9l\u00e9ments que je d\u00e9veloppe dans un article dans la Revue de droit international et de droit compar\u00e9<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Cet article se fonde essentiellement sur l\u2019arr\u00eat de la Cour internationale de justice, <em>Bosnie contre Serbie<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em>, du 26 f\u00e9vrier 2007, qui porte sur la responsabilit\u00e9 des Etats au regard de la Convention de 1948 pour la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du crime de g\u00e9nocide.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Bosnie contre Serbie<\/em>, la Bosnie a demand\u00e9 \u00e0 la Cour d\u2019examiner la responsabilit\u00e9 de la Serbie (appel\u00e9e auparavant r\u00e9publique de Yougoslavie \u2013 ou ex-Yougoslavie) dans les crimes de g\u00e9nocide commis sur son territoire au moment de la guerre en ex-Yougoslavie (entre 1992 et 1995). La Cour internationale de justice a tout d\u2019abord reconnu l\u2019existence du crime de g\u00e9nocide en se fondant sur la jurisprudence du tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie (TPIY) qui a reconnu l\u2019existence d\u2019un g\u00e9nocide \u00e0 Srebrenica en Bosnie en 1995.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la responsabilit\u00e9 de la Serbie, la Cour internationale de justice a \u00e9cart\u00e9 la culpabilit\u00e9 ou la complicit\u00e9 de la Serbie dans ce crime (telle qu\u2019elle r\u00e9sulte de l\u2019article 3 de la Convention de 1948) mais a en revanche consid\u00e9r\u00e9 que la Serbie a viol\u00e9 l\u2019article 1 de la Convention qui oblige \u00e0 pr\u00e9venir et \u00e0 punir les g\u00e9nocides. La Cour s\u2019est fond\u00e9e sur trois \u00e9l\u00e9ments pour d\u00e9terminer cette responsabilit\u00e9 en mati\u00e8re de pr\u00e9vention et de punition des crimes: d\u2019abord la capacit\u00e9 d\u2019influence, ensuite la connaissance objective et enfin le refus de coop\u00e9rer avec la justice internationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet arr\u00eat \u00e9claire la question de la responsabilit\u00e9 de la France au Rwanda car tout en reconnaissant le r\u00f4le que la Serbie pouvait jouer en Bosnie (aupr\u00e8s des Serbes de Bosnie), la Cour n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 reconna\u00eetre la culpabilit\u00e9 de la Serbie, en se fondant notamment sur l\u2019absence de contr\u00f4le effectif par l\u2019arm\u00e9e serbe sur les actions des Serbes de Bosnie et sur l\u2019absence d\u2019actions qui auraient pu contribuer directement au g\u00e9nocide commis \u00e0 Srebrenica. Mais la Cour a n\u00e9anmoins reconnu l\u2019influence d\u00e9cisive de la Serbie sur les Serbes de Bosnie, sa connaissance de la situation sur le terrain (notamment les actions d\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e9puration ethnique&nbsp;\u00bb men\u00e9es par les Serbes de Bosnie) et son refus de coop\u00e9rer avec le TPIY.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains principes g\u00e9n\u00e9raux qui fondent l\u2019arr\u00eat de la Cour internationale de justice sont ici \u00e9clairants. Le raisonnement de la Cour \u00e9voque deux aspects&nbsp;: la complicit\u00e9 et la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\">\n<li>Complicit\u00e9 de g\u00e9nocide&nbsp;:<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>La complicit\u00e9 de g\u00e9nocide est d\u00e9finie de deux fa\u00e7ons:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"a\">\n<li>Participation directe (\u00e0 travers notamment des milices d\u00e9pendant de l\u2019arm\u00e9e de Serbie)\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>&nbsp;\u2018Contr\u00f4le effectif\u2019&nbsp;: c\u2019est l\u00e0 le test essentiel retenu par la Cour internationale de justice (qu\u2019on retrouve aussi dans la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme concernant par exemple la pr\u00e9sence britannique en Irak \u2013 o\u00f9 la Cour a consid\u00e9r\u00e9 que le contr\u00f4le effectif par les troupes britanniques entra\u00eenait l\u2019application de la convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Appliqu\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence de la France au Rwanda, on trouve deux moments o\u00f9 la notion de contr\u00f4le effectif pourrait \u00eatre pertinente&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-F\u00e9vrier-mars 1993 (op\u00e9ration Chim\u00e8re) o\u00f9 des officiers fran\u00e7ais prennent <em>de facto<\/em> le commandement des op\u00e9rations (m\u00eame le rapport de la mission d\u2019information parlementaire habituellement prudent estime qu\u2019une limite est d\u00e9pass\u00e9e dans l\u2019engagement aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e rwandaise). Les troupes fran\u00e7aises sont \u00e9galement responsables des contr\u00f4les aux check-points. On peut alors estimer que les officiers fran\u00e7ais poss\u00e8dent un contr\u00f4le r\u00e9el sur l\u2019action de l\u2019arm\u00e9e rwandaise (et on se trouve dans des situations pouvant mettre en cause la responsabilit\u00e9 des sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques dans les crimes commis). Un \u00e9pisode illustre la position de ce ces officiers \u2013 celui o\u00f9 un officier fran\u00e7ais qui se rend dans un centre de d\u00e9tention estime que sa pr\u00e9sence a un effet mod\u00e9rateur, \u00e9vitant que les prisonniers soient tu\u00e9s (reconnaissant implicitement qu\u2019il sait que des crimes de guerre sont commis). Comme les contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9, le fait de remettre des personnes qui risquent d\u2019\u00eatre tu\u00e9es ou tortur\u00e9es engage la responsabilit\u00e9 de celui qui remet ces personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>-L\u2019op\u00e9ration Turquoise (juin-ao\u00fbt 1994) o\u00f9 le contr\u00f4le effectif est r\u00e9el, rendant alors les personnels et troupes fran\u00e7aises comptables de leur action pour emp\u00eacher et punir les crimes de g\u00e9nocide (je pense \u00e0 l\u2019\u00e9pisode de Bisesero et celui de l\u2019arrestation des g\u00e9nocidaires pr\u00e9sum\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut pr\u00e9ciser ici que ce n\u2019est pas seulement la responsabilit\u00e9 individuelle \u00e9ventuelle des personnes engag\u00e9es sur le terrain, mais aussi la responsabilit\u00e9 politique des personnes qui dirigent les op\u00e9rations militaires qui est engag\u00e9e ici.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger et de punir&nbsp;:<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger et de punir contient les \u00e9l\u00e9ments suivants:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"a\">\n<li>La capacit\u00e9 d\u2019influence<ol><li>La connaissance objective<\/li><\/ol>\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019obligation de punir les g\u00e9nocidaires<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Les rapports de la \u2018Commission Duclert\u2019<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> de mars 2021 et de la Mission parlementaire de 1998<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> d\u00e9montrent la capacit\u00e9 d\u2019influence de la France et la connaissance objective de la situation au Rwanda. M\u00eame si la France n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sente sur le terrain lors du g\u00e9nocide commis entre avril et juin 1994 et a soutenu les accords de paix d\u2019Arusha d\u2019ao\u00fbt 1993, la France disposait, de par sa pr\u00e9sence militaire entre 1990 et 1993, d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019influence importante sinon d\u00e9cisive, et d\u2019une connaissance des crimes commis contre les Tutsis pendant cette p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant l\u2019obligation de punir les g\u00e9nocidaires, lors de l\u2019op\u00e9ration Turquoise entre juin et ao\u00fbt 1994, la France n\u2019a pas agi pour arr\u00eater les auteurs pr\u00e9sum\u00e9s du g\u00e9nocide, ni facilit\u00e9 un mandat des Nations-Unies dans ce sens. M\u00eame si l\u2019obligation de punir les g\u00e9nocidaires ne s\u2019applique que devant les juridictions nationales ou une juridiction internationale comp\u00e9tente, il n\u2019est reste pas moins qu\u2019en vertu du \u2018contr\u00f4le effectif\u2019 par la France durant l\u2019op\u00e9ration Turquoise, on pourrait consid\u00e9rer qu\u2019il existait une obligation d\u2019arr\u00eater et punir les g\u00e9nocidaires (ce point pr\u00e9cis n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat <em>Bosnie contre Serbie<\/em>). Aux termes de la Convention contre le g\u00e9nocide de 1948, la France est tenue de coop\u00e9rer avec le Tribunal P\u00e9nal International pour le Rwanda (TPIR) mais aussi avec la justice rwandaise. Si la coop\u00e9ration avec le TPIR a \u00e9t\u00e9 effective, la Cour europ\u00e9enne des droits de l&#8217;homme (CEDH) a condamn\u00e9 la France pour le retard excessif \u00e0 traduire en justice les g\u00e9nocidaires<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Concernant l\u2019extradition des suspects vers le Rwanda, la France n\u2019a pas proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce jour \u00e0 de telles extraditions estimant que les conditions d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable n\u2019\u00e9taient pas remplies. La France a toutefois proc\u00e9d\u00e9 au jugement des pr\u00e9sum\u00e9s g\u00e9nocidaires pr\u00e9sents sur son sol \u2013 m\u00eame si on peut estimer que le processus judiciaire continue \u00e0 \u00eatre trop lent<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mot ici sur l\u2019utilisation faite par la Cour internationale de justice des documents mis \u00e0 sa disposition. L\u2019arr\u00eat Bosnie contre Serbie a fait l\u2019objet de critiques, notamment parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme ayant trop vite \u00e9cart\u00e9 la responsabilit\u00e9 de la Serbie. La Cour a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e pour avoir refus\u00e9 la demande de la Bosnie d\u2019obtenir la communication de d\u00e9cisions ou de compte-rendu des organes dirigeants de l\u2019ex-Yougoslavie (ici il s\u2019agissait du \u2018Conseil supr\u00eame de la d\u00e9fense\u2019) alors que ces documents auraient pu \u00e9clairer la position prise par la Serbie. L\u2019acc\u00e8s aux sources publiques appara\u00eet donc ici essentiel. Une difficult\u00e9 importante concerne les documents confidentiels (mais ici aussi il existe des proc\u00e9dures qui permettent la transmission de tels documents au juge, sous certaines conditions, notamment de secret de la proc\u00e9dure).<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, le rapport Duclert (et d\u2019un certain point de vue le rapport de la mission parlementaire de 1998) sur la responsabilit\u00e9 de la France au Rwanda a un statut particulier car il repr\u00e9sente un document qui a une valeur particuli\u00e8re au vu de son caract\u00e8re impartial et acad\u00e9mique tout en refl\u00e9tant des vues que l\u2019Etat fran\u00e7ais peut consid\u00e9rer comme acceptables. Dans la mesure o\u00f9 les capacit\u00e9s d\u2019investigation des justices administrative ou internationale sont limit\u00e9es et d\u00e9pendantes des institutions \u00e9tatiques, l\u2019existence de tels rapports peut \u00eatre un facteur important pour informer la d\u00e9cision judiciaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces rapports, m\u00eame s\u2019ils ont un caract\u00e8re officiel, ne peuvent tenir lieu de preuve formelle. Il convient pour cela de se r\u00e9f\u00e9rer aux documents \u00e9manant des autorit\u00e9s publiques elles-m\u00eames. Toutefois, ces rapports ont un int\u00e9r\u00eat particulier pour l\u2019aspect sp\u00e9cifique de l\u2019obligation de pr\u00e9vention des g\u00e9nocides contenue dans la Convention de 1948. Dans ce cas, ce qui importe n\u2019est pas tant l\u2019action positive par l\u2019Etat mais plut\u00f4t le niveau d\u2019influence et de connaissance des faits \u2013 et ici les rapports auxquels je me r\u00e9f\u00e8re, notamment le rapport Duclert, permettent une vue d\u2019ensemble qui permet d\u2019appr\u00e9cier les questions d\u2019influence et de connaissance des faits.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, je souhaiterais ajouter plusieurs points concernant la comparaison entre la situation dans l\u2019ex-Yougoslavie et le Rwanda:<\/p>\n\n\n\n<p>-Tout d\u2019abord, il convient de souligner le lien particulier entre les Serbes de Bosnie et la Serbie aussi bien territorial que culturel entre deux peuples qui se voient comme des \u2018peuples fr\u00e8res\u2019. L\u2019arm\u00e9e serbe de Bosnie provient du d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019arm\u00e9e yougoslave en 1992, arm\u00e9e domin\u00e9e par les Serbes et les liens entre commandants et responsable de l\u2019arm\u00e9e serbe de Bosnie et l\u2019arm\u00e9e serbe proprement dite sont \u00e9troits. Il y a donc un lien organique fort entre ces arm\u00e9es qui n\u2019est pas comparable \u00e0 la situation trouv\u00e9e au Rwanda, m\u00eame si la coop\u00e9ration entre arm\u00e9es fran\u00e7aise et rwandaise a pu \u00eatre extr\u00eamement \u00e9troite.<\/p>\n\n\n\n<p>-Ensuite, la nature du crime de g\u00e9nocide, qui peut \u00eatre d\u00e9fini dans le cas de Srebrenica comme \u2018local\u2019 au sens o\u00f9 il concerne une commune de la Bosnie. A Srebrenica, il y a environ 8000 hommes adultes qui sont tu\u00e9s par les forces serbes de Bosnie. Le Tribunal P\u00e9nal International pour l\u2019ex-Yougoslavie a estim\u00e9 qu\u2019il y avait l\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments suffisants pour constituer un crime de g\u00e9nocide (la Convention de 1948 parle de la destruction d\u2019un groupe ethnique en tout ou partie) dans la mesure o\u00f9 l\u2019assassinat de l\u2019ensemble de la population des hommes adultes avait pour effet de d\u00e9truire la communaut\u00e9 musulmane de Srebrenica dans son ensemble. La nature \u2018locale\u2019 d\u2019un g\u00e9nocide ne diminue pas sa gravit\u00e9 et on peut faire ici le lien avec les crimes \u00e0 caract\u00e8re g\u00e9nocidaire qui ont eu lieu entre 1990 et 1993 au Rwanda.<\/p>\n\n\n\n<p>-Enfin, l\u2019importance de la r\u00e9action internationale suite au massacre de Srebrenica qui a entra\u00een\u00e9 l\u2019intervention de la France et des Etats-Unis, le soutien aux Musulmans de Bosnie et la conclusion d\u2019un accord (dit de Dayton) qui a mis fin \u00e0 la guerre. On peut penser que la fin de la guerre a \u00e9galement mis fin \u00e0 un potentiel processus g\u00e9nocidaire contre les Musulmans de Bosnie \u2013 soulignant en creux l\u2019importance \u00e0 donner aux actions visant la pr\u00e9vention des g\u00e9nocides.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Arr\u00eat du Conseil d&#8217;Etat (Assembl\u00e9e) du 12 avril 2002, 238689, publi\u00e9 au recueil Lebon<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00ab&nbsp;Responsable mais pas coupable ? Retour sur les notions de responsabilit\u00e9 et de complicit\u00e9 de la France dans le g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda du point de vue du droit internationale&nbsp;\u00bb, <em>Revue de droit international et de droit compar\u00e9<\/em>, 2022, n\u00b0 3<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Cour Internationale de Justice, <em>Application de la convention pour la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression du crime de g\u00e9nocide (Bosnie-Herz\u00e9govine c. Serbie-et-Mont\u00e9n\u00e9gro)<\/em>, arr\u00eat du 26 f\u00e9vrier 2007<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Vincent Duclert, La France, le Rwanda et le g\u00e9nocide des Tutsi (1990-1994) &#8211; Rapport remis au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, 26 mars 2021, disponible sous: <a href=\"https:\/\/www.vie-publique.fr\/rapport\/279186-rapport-duclert-la-france-le-rwanda-et-le-genocide-des-tutsi-1990-1994\">https:\/\/www.vie-publique.fr\/rapport\/279186-rapport-duclert-la-france-le-rwanda-et-le-genocide-des-tutsi-1990-1994<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Assembl\u00e9e nationale, <em>Rapport de la Mission d\u2019information parlementaire sur le Rwanda<\/em>, 1998 (disponible sous: <a href=\"https:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/dossiers\/rwanda\/rapport.asp\">https:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/dossiers\/rwanda\/rapport.asp<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Cour europ\u00e9enne des droits de l&#8217;homme, <em>Mutimura c. France<\/em>, requ\u00eate no 46621\/99, jugement du 8 juin 2004<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Sur ce sujet voir notamment&nbsp;le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR), <a href=\"https:\/\/www.collectifpartiescivilesrwanda.fr\/\">https:\/\/www.collectifpartiescivilesrwanda.fr\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>\u00ab&nbsp;Savoirs, sources et ressources sur le g\u00e9nocide perp\u00e9tr\u00e9 contre les Tutsi du Rwanda&nbsp;\u00bb Responsabilit\u00e9 et culpabilit\u00e9 en droit international \u2013 Implications pour le r\u00f4le de <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/resirg.org\/beta\/intervention-lors-du-colloque-international-au-rwanda\/\" title=\"Intervention lors du colloque international au Rwanda\">[&#8230;]<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1005","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1005","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1005"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1005\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1007,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1005\/revisions\/1007"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/resirg.org\/beta\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}